AVANT-PROPOS
L’accompagnement de la fonction parentale constitue l’un des axes majeurs de la politique d’action sociale de la
branche Famille de la Sécurité sociale. Afin d’aider les parents à exercer leurs responsabilités éducatives à
l’égard de leurs enfants, les Caf sont impliquées dans une série d’actions et de dispositifs comme la médiation
familiale, les réseaux d’écoute, d’aides et d’accompagnement des parents .
Cette politique trouve sa légitimité dans l’idée que lien social et lien familial sont indissociables et que le
renforcement de la relation éducative entre parents et enfants peut prévenir de nombreuses pathologies
sociales. La parentalité, terme générique désignant l’objectif de cette politique, est un concept particulièrement
difficile à appréhender en raison de sa polysémie. Forgé par des experts issus de différentes disciplines
universitaires, il désigne la pratique quotidienne et privée de la relation parent(s)-enfant(s). Anne Verjus et
Marine boisson relèvent que l’importation de ce terme dans le travail social relève d’une certaine forme de
syncrétisme qui tend à gommer ses enjeux politiques.
Leur objectif, dans ce rapport, a donc été de clarifier les différentes définitions du terme parentalité afin de mieux
comprendre les interactions complexes que ce terme provoque entre champ scientifique, sphère politique et
intervenants sociaux. Les auteures mettent en évidence une évolution commune aux différentes approches
scientifiques du terme. Les enjeux de cette évolution sont tels qu’il n’est pas faux de parler d’un retournement de
paradigme. Pendant très longtemps la relation de parentalité était perçue comme un risque lorsque le milieu
familial devient pathogène (par exemple si des parents violents s’en prennent à leurs enfants). Plus récemment
cette notion de risque s’est étendue aux parents qui peuvent également souffrir d’une relation éducative
déséquilibrée.
Depuis dix ans, le discours scientifique a insisté de plus en plus sur les potentialités issues de la parentalité et
l’opportunité de la soutenir par des dispositifs d’action publique. La parentalité est devenue un moyen de
prévention du risque psycho-social (la famille sert à prévenir le désordre, la déliaison …) dans des domaines
comme les déviances juvéniles, la construction juridico-symbolique de la filiation... Les travaux sur la parentalité
ont ainsi légitimé une nouvelle catégorie d’intervention du travail social qui est passé d’un discours sur la
nécessité du maintien des liens parents-enfants à un principe d’action de soutien voire de rétablissement du lien
familial. Les auteures montrent cependant les limites de cette politique lorsque le maintien du lien familial est
recherché à tout prix (par exemple en cas de dislocation du couple). _ L’analyse des clivages politiques à propos
de la notion de parentalité ont largement été pris en compte dans la préparation de ce rapport, bien qu’ils n’y
apparaissent pas de manière explicite. Ils feront l’objet d’une publication spécifique ultérieure.
Gageons que ce rapport permettra à la branche Famille de la Sécurité sociale d’affiner les objectifs et les
moyens de sa politique de soutien à la fonction parentale.
Jérôme MINONZIO
Conseiller technique Recherche
Caisse Nationale des Allocations Familiales

